Uber teste actuellement un nouveau modèle de service conçu pour éliminer les aspects les plus frustrants de la location d’une voiture : les longues files d’attente au comptoir, les trajets en navette et le « schlepp » logistique consistant à déplacer les bagages d’un terminal à un parking de location.
Grâce à sa plateforme Uber Rent, l’entreprise teste un service de type « voiturier » dans lequel un chauffeur tiers livre un véhicule de location directement à l’utilisateur et le récupère à son retour.
Comment fonctionne le service
Le processus est conçu pour refléter la commodité d’un trajet Uber standard. Au lieu de se rendre dans un bureau de location, les utilisateurs suivent ces étapes :
– Réservation : Les clients sélectionnent un véhicule éligible à la livraison via l’application Uber.
– Vérification : Les informations de licence et de paiement sont téléchargées numériquement.
– Livraison : Un chauffeur amène la voiture chez l’utilisateur.
– Transfert : L’échange s’effectue via un code PIN sécurisé et un selfie pour vérifier l’identité.
Actuellement, le service est disponible dans plusieurs grandes zones métropolitaines des États-Unis, notamment Los Angeles, Chicago, Miami, Dallas et Washington, D.C.. Cependant, il existe des contraintes notables : les utilisateurs doivent généralement avoir au moins 25 ans, réserver au moins deux heures à l’avance et, surtout, la livraison à l’aéroport est largement indisponible.
Les points de friction : pilotes et fiabilité
Même si le service promet de la commodité pour le client, la réalité opérationnelle présente des défis importants tant pour les conducteurs que pour les locataires.
Le dilemme du conducteur
Les conducteurs ont signalé plusieurs problèmes systémiques qui rendent le service moins attractif que le covoiturage standard :
– Kilométrage « Deadhead » : Les conducteurs doivent souvent se rendre à vide au parking de location pour récupérer la voiture, souvent sans être indemnisés pour le trajet jusqu’au lieu de prise en charge.
– Faible rentabilité : Une fois pris en compte le temps de trajet non rémunéré et les périodes d’attente (qui peuvent être longues dans les parcs de location), le salaire net n’est souvent pas meilleur qu’un trajet Uber standard.
– Préoccupations en matière de responsabilité : Les conducteurs expriment leur anxiété à l’idée d’être blâmés pour des dommages préexistants au véhicule ou des écarts de carburant.
L’incertitude du client
Pour le locataire, la première proposition de valeur est le gain de temps. Cependant, cette valeur est fragilisée par deux facteurs principaux :
1. Fiabilité : Certains utilisateurs ont signalé des retards de livraison et des difficultés à obtenir de l’aide de la part d’agents du service client qui ne sont peut-être pas entièrement formés sur ce produit spécifique.
2. Le risque de « dernière minute » : Si une prise en charge aller-retour ne peut être effectuée, le locataire est obligé de se rendre lui-même au terrain de location, créant un niveau élevé d’incertitude à la fin du voyage.
Contexte du marché : pourquoi c’est important
Le secteur de la location de voitures est depuis longtemps aux prises avec des « frictions », c’est-à-dire les coûts physiques et temporels liés au déplacement des personnes d’un terminal aéroportuaire vers un parking de location. Historiquement, les programmes de fidélité d’élite (comme Avis Chairman’s Club ou Hertz Platinum) tentaient de résoudre ce problème en proposant des services haut de gamme, mais ceux-ci étaient souvent réservés aux voyageurs de grande valeur.
Uber tente de démocratiser cette expérience « coupe-file » en superposant une plate-forme logistique au-dessus des flottes de location existantes. Cependant, le modèle actuel se heurte à un obstacle fondamental : Uber tente de résoudre un problème de prime en utilisant un cadre de gig-economy.
En s’appuyant sur des chauffeurs tiers pour gérer les actifs à forte intensité de capital de quelqu’un d’autre (les voitures de location), Uber a créé un intermédiaire qui a du mal à équilibrer la rémunération des chauffeurs avec l’accessibilité financière des clients.
Le service vise à résoudre les « tracas » des locations traditionnelles, mais peine actuellement à combler le fossé entre le confort haut de gamme et les réalités logistiques du travail à la demande.
Conclusion
Le projet pilote de livraison de voitures d’Uber met en évidence une demande massive et inexploitée pour une expérience de location fluide qui contourne le comptoir de l’aéroport. Cependant, jusqu’à ce que le service puisse garantir la fiabilité des livraisons et fournir un modèle économique plus durable aux chauffeurs, il reste une solution fragmentée plutôt qu’un véritable perturbateur du secteur.