Au plus fort de la pandémie de COVID-19, American Airlines a procédé à une série de réductions agressives de sa flotte pour préserver sa trésorerie et éviter les coûts de maintenance. Même si ces mesures visaient à protéger l’entreprise d’un ralentissement prolongé, elles semblent s’être retournées contre lui puisque la demande mondiale de voyages a augmenté beaucoup plus rapidement que prévu.
En retirant près de 40 % de sa flotte long-courrier, American Airlines a effectivement troqué son potentiel de croissance à long terme contre des liquidités à court terme – un pari qui a laissé la compagnie aérienne avoir du mal à capitaliser sur le boom des voyages post-pandémique.
La grande réduction de la flotte
En 2020, American Airlines a décidé de retirer plusieurs types d’avions clés. L’ampleur de ces départs était significative :
- Famille Airbus A330 : La compagnie aérienne a retiré 24 A330. Même si le retrait des neuf A330-300 était une décision calculée, la décision de retirer 15 A330-200 possédés est largement considérée comme une erreur stratégique. Ces avions relativement jeunes auraient pu jouer un rôle essentiel dans la reprise des routes européennes et du service à Hawaï.
- Boeing 767-300ER : Les 17 avions de cette flotte ont été retirés du service. Bien que vieillissants et nécessitant beaucoup de maintenance, ils constituaient des atouts précieux pour tester de nouvelles routes long-courriers moins demandées.
- Boeing 757 : La compagnie aérienne a retiré 34 de ces avions. Malgré leur inefficacité énergétique, ils étaient essentiels pour les routes transatlantiques « minces » – des vols vers des destinations à demande modérée que les avions plus gros ne peuvent pas desservir de manière rentable.
- Embraer E190 : La flotte de 20 avions a également été retirée du service, une grande partie ayant finalement été vendue à Alliance Airlines en Australie.
Ces retraits ont donné lieu à environ 1,4 milliard de dollars de dépréciations hors trésorerie et 102 millions de dollars de charges en espèces.
Le coût de rater le boom
Le timing de ces décisions a créé une lacune énorme dans la capacité américaine au moment même où le monde recommençait à voyager. Entre 2022 et 2024, les voyages internationaux ont connu une résurgence massive, augmentant de 40 % en 2023 et de 13 % supplémentaires en 2024, dépassant les niveaux d’avant la pandémie.
Parce qu’American avait cédé ses avions long-courriers « de niveau intermédiaire », elle n’avait pas la flexibilité nécessaire pour répondre à cette demande. Alors que la compagnie aérienne a pointé du doigt les retards de livraison de Boeing comme la principale cause de son manque d’avions gros-porteurs, sa propre décision de reporter les livraisons de plusieurs Boeing 787 jusqu’en 2028 a encore limité sa capacité de croissance.
Une histoire de deux stratégies : les États-Unis contre les États-Unis
Les conséquences de la stratégie américaine sont plus visibles si on les compare à l’approche adoptée par United Airlines.
Alors qu’American réduisait agressivement sa flotte, le PDG d’United, Scott Kirby, a opté pour une approche « attentiste ». United a évité de retirer des types d’avions entiers, choisissant plutôt de garder ses options ouvertes. En conséquence, d’ici 2024, United a pu planifier son plus grand programme transatlantique jamais réalisé, louant même des avions Airbus supplémentaires pour se prémunir contre les incertitudes de livraison de Boeing.
Le changement d’orientation des Américains a également eu des répercussions nationales. En donnant la priorité aux hubs à grande échelle et à haut rendement comme Dallas-Fort Worth (DFW) et Charlotte, la compagnie aérienne s’est éloignée d’un réseau diversifié. Ce changement a contribué à la perte de terrain de la compagnie aérienne sur des marchés clés comme Chicago ; à mesure que les vols diminuaient, l’aéroport a réattribué ses portes à d’autres transporteurs, limitant encore davantage l’empreinte d’American.
Leçons de leadership et de vision
Le plan « Green Flag » de la compagnie aérienne a été conçu pour permettre aux Américains de « prendre de l’avance » sur la concurrence après la pandémie. Cependant, la décision de retirer des avions parfaitement fonctionnels suggère une lecture erronée fondamentale du marché.
Les dirigeants américains parient sur un avenir caractérisé par des voyages limités et à faible croissance. Au lieu de cela, ils se sont retrouvés face à un monde avide de connectivité. Cela nous rappelle brutalement que dans l’industrie du transport aérien, l’optionnalité est une forme d’assurance. En supprimant ses avions « de niveau intermédiaire », American a supprimé sa capacité de pivotement, la laissant vulnérable à la reprise qu’elle avait espéré dépasser.
Conclusion : La décision d’American Airlines de retirer de manière agressive sa flotte long-courrier pendant la pandémie a apporté un soulagement financier à court terme, mais a coûté à la compagnie aérienne une part de marché importante lors du boom des voyages qui a suivi. Ce pivot stratégique met en évidence le danger de sacrifier la flexibilité opérationnelle au profit de réductions immédiates des coûts.






















